TEMOIGNAGE D'UNE INFIRMIERE

Publié le par lenviedevivre

TEMOIGNAGE D'UNE INFIRMIERE
Une infirmière scolaire :

« Des élèves cuvent pendant les cours »


Dans le lycée de Montauban où exerce Laurence Pagès, l'alcool est considère comme un problème prioritaire.


CE SONT des jeunes qui « se met­tent minables » en semaine. Certains arrivent éméchés au lycée à 8 heures du matin, raconte Laurence Pagès, infirmière scolaire depuis cinq ans au lycée Antoine-Bourdelle de Montauban. Avec ses 2 500 élèves répartis entre voies professionnelle, technologique et générale, et son vaste internat, l'établissement brasse les aspirations et les difficultés d'une généra­tion.

« En 2004, on ne déclarait au­cun problème d'alcool », reprend l'infirmière. En revanche, l'année dernière, elle a dû appeler huit fois les pompiers et le Samu pour éva­cuer des élèves totalement ivres. Des interventions d'urgence en­core rares pour un phénomène qui enfle. Peu à peu, les professeurs si­gnalent ces ébriétés : des élèves eu­phoriques qui monopolisent la pa­role en classe, ou à l'inverse, ceux « affalés sur leurs tables, qui cuvent pendant les cours ».

L'équipe pédagogique considère désormais l'alcool comme un problème prioritaire au même titre que le cannabis. Mais la prévention s'avère délicate, car boire est asso­cié au plaisir. À Antoine-Bourdelle, trois élèves de seconde sur quatre disent avoir consommé de l'alcool au cours de l'année. Lorsqu'elle les interroge, les jeunes ne le présen­tent jamais comme un problème. À l'inverse, c'est un « moyen d'être bien ». Ou « ce que l'on prend lors­qu'on se sent mal ». « Quel que soit le milieu social, l'alcool a une bonne image », assure Laurence Pagès.

Les jeunes boivent en groupe, dans les parcs, devant le lycée, pour se mettre dans l'ambiance, « pour se désinhiber » et pouvoir briller de­vant le groupe. « Ils ne supportent plus la banalité du quotidien », ex­plique Laurence Pagès.

Ils veulent tout et tout de suite, « aspirent à l'extraordinaire » et mé­prisent la vie « normale » de leurs parents. « Ils sont très influencés par la télévision » qui exalte des mo­dèles de superadolescents qui mul­tiplient expériences et activités, d'adostars. « La norme, c'est s'amu­ser en permanence. Certains boivent pour y parvenir. » Même les filles, d'ordinaire plus rétives, semblent entraînées dans cette surenchère et trois ont fait des comas éthyliques l'année dernière. D'autres, enfin, boivent pour supporter la solitude, lorsqu'ils sont rejetés par le groupe à un âge où marcher seul est une douleur. « Ils espèrent ainsi se faire accepter. »

Les parents minimisent bien souvent la gravité de cette addiction. « Une famille sur trois se mo­bilise lorsque je les contacte. Les autres évacuent le problème d'un : “faut que jeunesse se passe”, “j'ai fait pareil à son âge” ou encore “les jeunes ne tiennent plus l'alcool”, constate Laurence Pagès. Une forme de déni qui cache sou­vent des problèmes relationnels. « Je me retrouve face à des gamins qui n'ont jamais discuté avec leurs parents », reconnaît l'infirmière. À quinze ans, « il est souvent trop tard pour s'y mettre ». L'alcool offre une échappatoire d'autant plus tentant qu'il est légal, facile à trou­ver et que les adultes peinent à l'interdire alors qu'ils en consom­ment. « Il ne faut pas diaboliser l'alcool, mais repenser la préven­tion, en aidant les adolescents à li­miter les risques. »



Cécilia Gabizon


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